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La minute


La mer est le plus bel endroit pour perdre la notion du temps. Je me lève un peu avant le soleil. Je vais caréner quand il est à son zénith. J’arrête quand il est au couchant lorsque le rouge et le noir ne font plus qu’un. Les secondes, les minutes, les heures de la journées sont restées derrières.
Pour s’oublier un peu plus, les navigateurs ont même créé une nouvelle minute.

Pour compliquer  la tâche ou, comme je le pense, pour perdre toutes notions avec la terre, ils ont divisé chaque degré en 60 minutes. 1 minute correspond donc à 1 mile.
Donc quand on sait qu’un collègue est  à 20 minutes de sa position… Il ne faut pas se réjouir trop vite et sortir le pastis pour l’apéro… Car a 20 miles, on a le temps de voir passer quelques sirènes avant de le rejoindre. Par contre, si votre patron vous demande quelques choses, répondez lui sans crainte  » dans 1minute »…
Alors terriens ou marins ?

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J + 22 Matthieu et le Requin pointe blanche

Je traverse un champ océanique de moutons. Un front est passé et nous a ramené son lot de vagues croisées et d’écumes. Le ciel et la mer s’assombrissent.

Je suis au commande de mon taxi jaune et rouge quand, sortant de la pénombre, apparaissent 2 requins. Ils sont majestueux. Dans une élégante onde, il suivent la trace de Lilo, se mettent sur ses bords, se protègent sous sa carène! Silencieusement, nous avançons ensemble. Je suis heureux de voir ces princes des océans. Ils me fascinent autant qu’ils m’ont fait peur, enfant, dans « les dents de la mer ».

requin
D’un geste sûr, ils s’aventurent à la proue puis se laissent distancer pour mieux revenir jusqu’à moi. Ils ne craignent pas de côtoyer un petit homme. Ils ne craignent pas de se faire pêcher pour un simple aileron et se faire rejeter mort vivant.  Ici, les hommes, pêcheurs de veines croyances, ne s’aventurent pas. Trop loin, trop cher, trop grand. Ici, les requins sont libres.

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J + 18 Matthieu se fait escorter

En essayant toujours de ramer vers l’ouest pour atteindre le fameux autoroute emprunté par les tortues de Nemo, j’ai eu droit à un nouveau spectacle. Je me suis cru un roi en visite dans le royaume de poseidon . Il avait mis en place un imposant et spectaculaire convoi de coryphenes. Il est un peu plus de minuit et une trentaine de poisson aux éclats bleu et vert vifs suivent Lilo de part et d’autre.
Elles sautent, virevoltent, frôlent les pelles. A ce moment là, nous faisons vraiment parti de la nature.
Elles prennent le temps d’escorter cet étrange étranger vers l’autoroute qui le mènera de l’autre côté. Elle connaissent bien la route, je leurs fais totalement confiance. Il est 4h30, épuisé je vais me coucher dans mon somptueux loft. A mon réveil, elles sont toujours là, à danser autour de la maison. Elles me font la fête ou quoi ?

coryphene 05.11.14

coryphene 05.11.14

Mais un nouveau invité fait son apparition. Un requin a décidé de séjourner la matinée en notre compagnie. Pas très grand, marron aux pointes blanches. Il tournoie autour de moi, ou plutôt autour des petits poissons protégés sous la coque de Lilo. Ne connaissant pas cette espèce ( peut être une pointe blanche mais je les pensais gris ), je ne me risque pas de me mettre à l’eau. Je le regarde. C’est beau un requin qui nage ! Lui aussi a sa petite garde rapproché. Des dizaines de petits poissons lui emboîte la nageoire pour lui piquer des petits restes! Mes amis ont préféré se mettre à l’écart plutôt que sous ses dents, je suppose.

Aux environs de 10h, elles reviennent et se remettent en poste. Ensemble, nous reprenons le cap vers l’ouest. Il faut atteindre le péage pour la voie express mais ça ne sera pas pour aujourd’hui. Une jolie dépression me fais tourner le bateau à 180°. Il n’est pas l’heure de chômer, je mets tout mon cœur à l’ouvrage et à 18h, je stoppe ! Sur le GPS, je constate que j’ai fait une route  » artistique « .
Cette nuit, quand vous rêverez, j’accomplirai un bout du mien !

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J + 15 Matthieu passe sa première journée de galère !

Aujourd’hui, je suis d’humeur râleuse! Ça arrive à tout le monde mais quand on est seul, c’est con. Alors je râle contre madame la mer…

Cette nuit, elle m’a réveillé avec fracas. J’ai cru que je me prenais un mur dans la tronche ! Elle m’a fait virevolter de part et d’autre de la couchette ! Mais la grande crainte a été surtout à l’extérieur. Quand l’eau percute la coque ou que Lilo « saute » on entend un boom. Mais là, c’est assourdissant et d’un coup j’ai entendu le safran qui jouait tout seul !!! Je sors la tête, je ne vois plus la flèche de repère qui m’indiquait la route. Je veux m’approcher de la catastrophe mais, perché sur le panneau arrière, je rebrousse chemin. Je ne vois rien, c’est stupide de se mettre en danger comme ça. Je verrai demain. Mais les 3h qui me restaient  dormir, je n’ai pas fermé les yeux une seconde. Putain de putain de putain. Fait chier! Pourquoi ça et maintenant.

Il est 6h, je reprends l’ancre flottante qui m’empêche encore de dériver vers le sud-est puisque les vents ne me laissent toujours pas décoller. Il lui manque l’arceau qui lui permet de rester bien ouverte! Ça commence. J’attends d’y voir un peu plus clair et Misère! Le safran est sorti de ses gonds. Là, il y a un soucis ! Il est 7h, je me jette à l’eau. Ce n’est pas la bonne heure pour y mettre les pieds, les gros poissons ont faim ! Je fais le tour, rien n’est cassé mais il n’y a plus l’anneau qui le maintenait ! C’est la galère. Il y a les vagues, les poissons et un couillon qui essaie lamentablement de remettre son bordel dans son trou de merde ! Je râle, je peste et au bout d’un très long moment j’y arrive. Mais putain ce n’était pas au programme ça ! Je remettrai un anneau plus tard, je suis creuvé, je remonte  bord, déjeune et râle! Fais chier putain de merde! J’essaie de le manoeuvrer, ça a l’air de marcher mais je n’ai plus aucun repère pour savoir où il est ! Je rame 2h. Ben ça marche beaucoup moins bien comme ça ! Il faut être logique dans ces moments mais je râle et je ne suis donc pas un brin lucide dans la bonne manière de procéder pour me remettre au bon cap ! J’ai beau tirer sur les avirons, lever, baisser la dérive, je suis mauvais ! Faut que je me repose, je m’accorde une longue sieste pour me vider la tête ! Il est midi, je m’oblige a ramer 1h mais au bout de quelques minutes, je reste couac sur la chute de mon petit hublot sur l’entrée de la cabine ! La porte ouverte il serait passé par dessus bord ! J’ai compris. J’aurai du rester au lit ! C’est parti pour remettre en place la pièce! J’enlève tout le sika, je nettoie tout, je remets du sika et voilà c’est  fait ! Ça paraît simple mais avec les vagues et sur une coque de noix….
Bon, ça veut dire que je dois terminer là dessous aussi. Je replonge avec dans mes mains de quoi remettre un anneau. Grosse galère, je n’y arrive pas. Je râle. Je me démerde avec une autre attache, ça tiendra. Je vérifierai tous les jours s’il le faut mais pour l’instant je ne vois pas comment faire autrement! Pour les repères, je ne sais pas encore comment faire ! Une idée ? je suis preneur! Je range les outils, je m’excuse auprès de Lilo et Neptune pour mon humeur et j’essaie de ramer pour finir la journée! A 17h30, ce n’est définitivement pas ma journée, j’arrête.
Je savais bien qu’un jour ou l’autre j’allais avoir une grosse journée,  vite oublier ! Elle est passée, demain ne sera que mieux!

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J+13 Mat gagne le large et quelques bobos !

Aujourd’hui la mer a changé sa tenue.

Je rentre dans les eaux profondes et c’est tout l’environnement qui change. Il y a comme un air de danger. La nature me met en garde. J’entre dans un de ses territoires les plus austère.
Les couleurs sont devenues plus sombres, les vagues plus hautes et plus fortes. La plupart passe sous la coque de Lilo telle une onde, certaines déferlent et envahissent le cockpit.
J’essaie de tenir ma cadence de rame. Déjà que ce n’était pas très académique, là ça devient du grand n’importe quoi! Ce qui est important, je pense, est de ne pas trop subir la vague. Je les observe continuellement. Mon instinct m’indique assez rapidement laquelle dont il faudra se méfier. Et, pour la première matinée, il ne sait pas trompé! Ne me lâche pas, je lâcherai rien! Par contre je suis bon pour un torticolis!

imagecreme
Il ne manquait plus que ça, ici c’est boboland… Avec les coups de pelles, les coups pour me retenir pour entrer dans mon superbe loft, c’est déjà pas mal, mais alors les fesses… C’est un champ de mine! Pour les mains, j’ai très vite eu de grosses ampoules mais en 2/3 coups je ne sentais plus la douleur. Aujourd’hui, plus du tout. Mes fesses, c’est une autre affaire. On en reparlera!