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C’était mon dernier jour de traversée.

La lune et le soleil se sont donnés rendez vous autour de moi pour m’accompagner sur ces dernières heures de navigation. Ils s’enlacent dans les flots de l’océan et j’assiste, une dernière fois,  au spectacle du levé du soleil. C’est un moment où tout s’arrête une fraction de seconde; J’ admire sans bruit, les premières lueurs de notre étoile,  comme pour lui faire une révérence et la remercier de ne pas m’ avoir laissé dans la torpeur de la nuit éternelle.

La VHF crépite.

Depuis une partie de la nuit, je communique avec ma famille se trouvant à bord d’un petit bateau venant à ma rencontre. Au loin, je vois son mât s’agiter. Il fait cap droit sur moi.
Debout, juchant mon bouchon de liège, je redécouvre des visages familiers. On s’aperçoit, on se frôle mais on ne se touche pas. Ma femme, mes parents, mes amis sont à bords. Je reste debout sans mot à dire. Tous les sentiments se mélangent sur ces quelques miles qui nous séparent de la Terre des Hommes. Je suis sur le point d’accomplir un rêve de gosse mais je suis happé par l’émotion et je me fige sur tous les sentiments qui m’ont parcouru durant ces 79jours. J’aperçois les yeux de ma femme tanto pleins de larmes tanto pleins de joies. Le périple n’a pas dû être facile à Terre.
Pour sortir de l’angoisse qu’est la fin, je me remets aux avirons. Lilo reprend vie et nous nous élançons sur notre dernière ligne droite.

Nous longeons la côte guyanaise toute la journée. J’ai le regard porté vers le vert de la forêt et le bleu de l’océan. J’hume les odeurs de la Terre.
Je sens une nouvelle fois les anges me poussant vers la ligne d’arrivée.
Les anges, Gaïa, la Lumière… Je ne sais pas ce qui m’enrobe à ce moment là mais je me sens flotter vers Kourou. Je n’ai plus de force et pourtant je continue à avancer. Le corps et l’esprit ne font qu’un pour m’envoyer au bout de mes rêves. J’ai mon âme dans les les vagues. je suis en communion avec l’océan et je deviens un de ses enfants. La mer en adn, je file.

Mon bateau pilote continue à faire des ronds dans l’eau pour rester à vue. Et mon Lilo, fidèle monture qui ne m’aura jamais laissé le doute sur l’aboutissement, continue son travail de labeur. Ca couine, ca grince, mais ca avance vers notre but.

La bouée de l’arrivée n’est qu’ à une encablure. Un dernier appel à Philippe, mon cher routeur. «  Nous avons réussi! ». Je me souviendrai longtemps de nos échanges sur les couleurs de l’océan et les secrets qu’il regorge.

Il est tard dans la nuit guyanaise quand j’aperçois les lumières de Kourou.
Je franchis la ligne qui officialise ma traversée de l’Atlantique en Solitaire.
Je laisse derrière moi une multitude de souvenirs pour mettre fin à une épopée qui aura été la découverte de l’Homme que je suis, ou plutôt que je serai.

Demain sera le premier jour de ma vie.

dernier jour

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Il y a 1an, le grand saut vers l’inconnu!

Nous sommes ensemble et pourtant je suis déjà loin…. J’ai perdu la notion de l’homme avant de l’avoir quitté!

Jour de départ
Sur la plage du départ, nous nous croisons, embrassons, encourageons.
Mc Coy filme un bout de vie. J’ai, moi aussi, la boîte à images dans les mains mais je déambule d’un à l’autre, ivre de l’angoisse de partir. Est ce vraiment de l’angoisse ou l’impatience de me retrouver seul?
Nous embarquons en pirogue vers nos canots. Notre maison, notre confident. Ils vont devoir nous supporter et, personnellement, à m’apprendre la mer.
Je fais confiance en Lilo. Il a été fait pour moi et testé par Alain!
Il m’a légué son bateau comme on lègue un trésor de famille. Rien n’a été au hasard et il a tout fait pour que je puisse partir dans de bonnes conditions.
Quand on y pense, j’ai beaucoup de chance…. Bien sûr de pouvoir réaliser un rêve d’enfant, mais aussi de pouvoir témoigner de la force de l’amitié, de la fratrie qui peut se créer entre rêveurs!
Alain « Alpha » Pinguet a cru en moi, je pars avec un bout de lui.
Le départ a sonné.
L’ancre remontée, j’envoie les premiers coups de pelles!
Alinou, Christophe, Thomas sont prêts de moi. Ils m’encouragent et me donnent un cap à suivre.

L’enthousiasme me pousse à avancer à toute allure… Je me sens bien! Je croise le regard de Salomé qui m’apprend que son routeur lui dit de ramer toute la nuit pour ne pas revenir sur la côte.
De mon côté, avec Philippe, on ne s’est donné aucune consigne! « Fais corps avec ton bateau! »
Malheureusement, les vents et les courants prennent le dessus à la tombée du soleil! Je me sens dériver vers le sud est! C’est mauvais signe! Je reprends les pelles en mains et repars de plus belle…. J’ai beau être une tête de mule, je n’avance pas, je recule!!!
Le guyavoile passe à mes côtés pour s’assurer que tout aille bien!!!! Il est 3h!
Bordel quel galère!
Et pourtant je me sens bien!
Philippe me donne un coup de téléphone, « pas de problème, on jette l’ancre…. »
Les courants et les vents se sont intensifiés. Il n’y a plus qu’à attendre une bascule de vent!
Je vois Dakar en face de moi, je me couche!

 

 

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Je suis un Corsaire!

Il y a près d’un an
Je partis marin d’eau douce,
Je reviens corsaire luzien.

Mais lors de cette traversée en solitaire,
Je n’ai jamais été seul :
Alinou, Philippe et JB étaient mes yeux,
Aitzol, mes jambes,
Ma mère, ma femme, ma famille, mes amis mon cœur.
Le Pays Basque mon sang.

J’ai entendu le chant des sirènes  qui appelle à s’abandonner.
Doucement, j’ai caressé l’écume des vagues,
Comme on caresse les cheveux d’une jolie fille…
Je me suis laissé aller entre deux mondes, celui des vivants et celui des marins.
Et, Peu à peu, j’ai délaissé mon habit de terrien.

Dans ce monde d’eau, j’y ai retrouvé mes rêves d’enfants,
Je pensais leurs tendre les bras,
Je ne m’étais aperçu que j’étais déjà dans les leurs….
Je baignais entre les songes abyssaux et les étoiles filantes.
J’étais au milieu d’une nuée ardente de poissons de mille feux,
J’entendais au loin le sourire des baleines et la nage des requins.
Je me sentais bien, je me sentais chez moi!

Aujourd’hui que je suis sur la terre ferme.
L’ appel du large refait surface.
La grande route, celle qui attire autant qu’elle effraie,
Me convie à revenir…
Et me voilà entrain de rêver de repartir.

Rien ne m’oblige et tout me pousse à filer en douce,
Mon esprit se perd au large
Mon cœur se remet à battre au rythme des vagues,
Mon sang se remplit d’iode.

Alors bientôt, j’irai là où vont les marins,
Je partirai à la recherche de mes rêves et de mes sirènes,
Et loin de la chaleur du port
Je retrouverai tout ce que j’aime.

 

cérémonie corsaire

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Bonjour à tous,
Mon aventure ne pouvait s’arrêter ainsi… Après avoir posé pieds à Terre, je suis resté quelques jours  avec les miens avant de repartir au travail pour  » nourrir » un compte en banque qui criait famine!
Je suis enfin de retour en France et j’ai eu une très belle surprise faite par Jean Seb…

Bon Voyage

https://vimeo.com/123171095

 

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J+62 Mat pense plus que jamais à l’arrivée !!

Peu de nouvelles de Mat ces derniers temps, sauf à consulter quotidiennement, et parfois de façon compulsive, le site ramesguyane… Vous y trouvez ses vacations téléphoniques dans la rubrique interviews, quelques photos également sur la page d’accueil et sur son profil gueule de rameur, mais surtout son avancée sur la carte geovoile !

Il reçoit vos mails, mais il ne peut pas y répondre et s’en excuse. Il ne peut donc plus nous faire partager ses impressions toujours si bien écrites..il ne peut pas non plus nous envoyer de photo ! Les jours passent et il pense enfin à l’arrivée. Sa dernière vacation (interview du 18 décembre) témoigne de son envie de retrouver ses proches, cela nous rassure, on avait presque l’impression qu’il voulait y rester, au milieu de nul part !!

Pour finir ce périple en beauté, il attend vos messages d’encouragements que vous pouvez lui adresser sur matthieu@myriridium.net ou par sms sur ses numéros : 881632655304 ou 881632552705 (pour envoyer des sms gratuits vous pouvez aller sur la plateforme http://messaging.iridium.com/index.php )

Merci à vous tous pour le soutien que vous avez su lui témoigner. Pour tous ceux qui continuent de mettre des messages via les commentaires du site ou Fb, sachez qu’ils sont fidèlement transmis à Matthieu.

Toujours difficile d’évaluer la date à laquelle il mettra pied sur la terre ferme, fort sûr, il continue d’apprécier pleinement chaque instant passé sur son très cher océan !!

A bientôt pour les news, Elodie Martin.

 

 

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J+ 41 Quelques nouvelles de nulle part

A 41 jours de traversée Matthieu avance bien mais c’est dur ! Il a difficilement connexion internet ces derniers jours, donc peu de nouvelle par écrit ! Bonne nouvelle, le dessalinisation est réparé, il a donc suffisamment d’eau pour s’alimenter et se laver !!

Je vous laisse aller consulter les brèves de pont sur ramesguyane.com

Voici l’extrait du jour :

Brèves de pont info du 28/11/2014 – J+41… Le temps qui se perd et qui s’éternise

Hier, en fin d’après-midi, pas moins de 6 coureurs positionnés au-delà du 34ème méridien marchaient à plus de 3 nœuds avec une pointe à 3,6 nœuds pour Olivier Bernard lui pour qui tout va bien à bord et qui trouve le temps de taquiner la dorade et de s’offrir des crêpes au beau milieu de l’océan. Plus ils sont à l’ouest, plus les rameurs marchent vite et droit. A cette vitesse, leur prévision d’arrivée pourrait être avancée.

Pourtant, on sent comme un vague à l’âme s’immiscer dans la flottille, la traversée devient de plus en plus instable et les rameurs qui le mesurent encore commencent à perdre le fil du temps et à ressentir le poids de la solitude et de l’isolement. Il y a bien sûr ces allers et venues imprévisibles de la ZIC ou encore ces contre courants qui se manifestent de manière plus intense comme pour Catherine Barroy qui les subit et qui peine à régler au mieux son bateau. Mais il y a surtout cet univers de plus en plus changeant et gris, alternance d’éclaircies et de vastes périodes sombres et ombragées accompagnées de grains parfois violents comme celui subi la nuit dernière par Mathieu Martin calé plusieurs heures durant dans l’obscurité au fond de son bateau en attendant qu’une vague plus grosse et plus creuse que les autres ne vienne retourner son bateau. Il n’en fut rien mais l’appréhension atteint son zénith dans ces situations de stress solitaire, la nuit blanche et moite alimente tout un flot d’idées noires qui dévorent le corps et l’esprit. Les rameurs en ont rêvé, ils sont maintenant au cœur du sujet, seuls au milieu de nulle part, brassés par des forces incommensurables.

Dans ce contexte, même les meneurs sont affectés, voire déstabilisés, à l’image de Harry Culas pour qui le temps se perd et s’éternise. A l’avant, on suit l’orthodromie au plus près comme un fil d’Ariane sans le moindre écart, et on aspire maintenant à retrouver la côte au plus vite. La date ici n’a plus de sens, ni même la distance, seuls comptent le nombre de jours encore à naviguer avant la terre promise et les minutes d’arc qu’ils restent à parcourir et qui défilent plus ou moins vite sur l’écran du GPS. Le second groupe marche vite également, à plus de deux nœuds mais connait lui aussi cette anémie du Large et de la solitude, tel Rémy Landier, dont les photos (de Jody Almiet) surgies de l’océan ont surpris ses proches en les plongeant dans la réalité de leur marin, désormais barbu, un peu hagard et forcément différent de celui que l’on a laissé battant et plein d’enthousiasme sur la plage de Dakar. Comme pour tous, il lui tarde de retrouver la terre ferme et de ne plus s’inquiéter du temps qu’il fait, de ces sautes de vent qui peuvent être autant de mauvais présages.

Cette langueur est légitime et traduit un certain épuisement après 40 jours de mer. Pourtant, il va falloir s’armer de courage car la route est encore longue et ses contours indécis, notamment en raison de ces courants turbulents que les premiers rameurs devraient rencontrer dans les jours prochains. Si l’influence de ces flux océaniques est bien réelle, leur intensité au large reste inconnue et il est difficile de prédire de quelle façon ils affecteront la route de nos marins.

 

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J + 37 Pompez, souquez, ronflez

Les dieux ont un humour « so british ». Il aura fallu attendre les premières pluies pour me retrouver dans une jolie panade!  Une bubulle s’est installée dans le dessalinisateur et l’empêche de se réamorcer. Une simple bulle est tout un système qui tombe en rade! C’est un peu David contre Goliath et, bien sûr, je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis le simple couillon qui se retrouve au milieu sans son eau ! J’exagère, l’eau j’en ai ! Par contre, je me lève un peu plus tôt pour me la faire « a la main » ! 1h de pompage, 3 litres ! Ça va me suffire… J’arrête douche, rasage, lavage… Ce n’est pas moi qui sentirai la Guyane se rapprocher, c’est les guyanais qui sentiront le bouc arriver !

Pour qu’une aventure soit belle, il lui faut des petits moments dramatiques! Ok, j’ai pris note, je veux bien qu’on me rende mon petit luxe de bourgeois maintenant !
Mais bon, comme je l’ai dit en vacation :  » il y a des millions de personnes qui font des kilomètres pour puiser de l’eau à la main… Je ne vais pas râler pour si peu ! » Moi qui veut être un citoyen du monde, j’apprends !
Un grand merci aux Alain, Pinguet et Girardot, qui, au moindre coup de téléphone, se mettent en quatre pour essayer de m’aider!
Merci merci merci et l’aventure continue :-)

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Le silence

La mer affolée laisse place à un silence solennel. Il m’entoure et laisse planer les songes vagabonds vers d’autres horizons. Ici et là, un oiseau passe. Une vague me soulève puis me repose dans un calme de circonstance. Le son des pelles se frottant à la mer diminue, je m’arrête et écoute. J’écoute le silence. Quelle merveilleuse symphonie du plaisir, oubliée.

 

1 mois de mer